02 novembre 2011
Guide Michelin: du courage, de l'audace !
La question est récurrente : quelle différence y a-t-il entre un 2 et un 3 étoiles Michelin ? Ou, formulée différemment, sur quels critères le Michelin attribue-t-il la 3e étoile ?
Le niveau de la cuisine ? Rarement. Je dirai presque le contraire.
Dans l'espoir du triplé gagnant, le chef et ses équipes travaillent dans un élan, un dynamisme, une exigence qui permettent toutes les audaces. La carte vibre, les plats font preuve d'esprit d'initiative, la cuisine déborde d'énergie et de désir de convaincre, le restaurant est plein de vie et d'envies.
Vient la 3e étoile, parfois inopinément, après des années d'attente. Et s'installe aussitôt l'angoisse de la perdre. Dès lors, on verrouille tout, on ne change plus rien, on reproduit le style consacré. Et l'ennui rôde, le conventionnel s'installe. Ce qui amènent certains constats : c'était "mieux", "meilleur", du moins plus vivant, plus éloquent, avant. Regrettable paradoxe !
Si ce n'est la cuisine, quels autres critères ? Le décor - Garcia, Wilmotte, Rochon, au secours ? La profondeur de la cave ? Le nombre de serveurs au mètre carré ? Les réseaux d'influence où trois points peuvent se transmuter en trois étoiles ? Des raisons socio-économiques de soutien à une région ? Cela reste obscur et même les chefs double-étoilés ne savent pas ce que le guide attend exactement d'eux, tellement l'appréciation de leur cuisine paraît secondaire dans la transition de deux à trois.
Du moins en France. Car, hors de l'Hexagone, le Michelin ose et prend des risques : à Tokyo où d'improbables gargotes ont été récompensées, à New-York où dîner en cuisine sur un plan de travail en alu brossé et sans carte des vins, n'a pas été un obstacle pour César Ramirez à Chef's Table at Brooklyn Fare. Il semble que pour ces tables, seule la qualité de la cuisine ait été prise en compte. Ce qui d'évidence me semble être l'essentiel pour un guide gastronomique !
Pourquoi donc cette frilosité et cette opacité en France ? Pourquoi la 3e étoile vient-elle se poser comme une décoration posthume, une médaille d'honneur du travail, plutôt que récompenser une cuisine en mouvement qui vise l'excellence ? Exemple de notre méritocratie française qui célèbre et consacre ceux qui ont déjà réussi plutôt que ceux qui veulent et vont réussir ?
Regardons nos 25 restaurants triples étoilés ; hormis Barbot, Gagnaire, Passard et Klein, tous les autres se sont installés dans la brillante routine de monuments gastronomiques : Ledoyen, l'Ambroisie, Guy Savoy, le Meurice, le Bristol, le Pré Catelan, le Plaza-Athénée, le Louis XV, Georges Blanc, Bernard Loiseau, Lameloise, Michel Guérard, Paul Bocuse, etc... L'excellence - pas toujours d'ailleurs - mais sans vagues ni écume, une perfection immobile. Certes, beaucoup de travail, d'engagement, de volonté et d'exigence au quotidien pour lesquels j'ai le plus grand respect, mais dans une démarche muséographique que je déplore. Il y eut bien quelques judicieuses surprises comme le Passage 53 ou Jean Sulpice à l'Oxalys qui obtinrent rapidement deux étoiles, malgré l'exiguïté du lieu pour le premier ou la jeunesse du second (plus jeune chef double étoilé à 31 ans). Mais cela reste des exceptions.
Aussi, alors que le guide Michelin finalise son palmarès, comment ne pas l'inciter à suivre un seul et même critère, partout dans le monde, en France comme à l'étranger : la qualité des plats proposés. Afin de faire reconnaître une cuisine vivante, inventive, authentique qui, au delà de la performance technique, offre de véritables émotions gustatives et esthétiques.
Encourageons-les à prendre des risques. Le risque d'attribuer la 3e étoile en phase ascendante, quitte à la retirer trois ans plus tard si la cuisine n'a pas poursuivi sa progression. Le risque d'un classement dynamique, mouvant et non figé d'une année sur l'autre. Prendre le risque d'attribuer d'emblée 2 voire 3 étoiles aux jeunes chefs les plus brillants afin qu'ils puissent poursuivre leur évolution. Le risque enfin - l'ambition surtout - de faire changer la dimension sociale étriquée des restaurants triple-étoilés, pour les rendre "psychologiquement" accessibles en désacralisant le lieu, le service et les us de ces tables sanctuarisées. Ce que le guide a si bien fait au Japon.
Comment ne pas souhaiter qu'en France, le guide Rouge soit un peu plus... révolutionnaire !
19:14 Publié dans Critique gastronomique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guide, michelin, restaurant, étoiles
09 septembre 2011
Agapé Substance
Vif, précis, juste. Du talent, de la technique, de l'envie. Faites abstraction de la salle, des sièges, du bruit et concentrez vous sur chaque assiette, le produit, l'accompagnement, l'accord recherché. David Toutain innove, crée, devant vous, dans le calme, avec un enthousiasme communicatif. Une cuisine moderne, un grand chef en devenir.
Berce
Tomate
Huître - Pain grillé
Tourteau - Consommé de crevettes grises
Carotte - Galanga
Rouget - Mélilot
Poulpe
Haricots verts - Saumon fumé - Miso
Lotte - Risotto d'épeautre à la reine des prés - Fève Tonka
Abats
Veau en croûte d'olives noires - Purée d'aubergines brûlées
Persil - Fraise - Pêche de vignes
David Toutain
22:35 Publié dans Critique gastronomique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : toutain, agapé, substance, restaurant
20 août 2011
Dîner du 15 août 2011
Carpaccio de sébaste, soja olive pamplemousse
Champagne Salon, 1988
Filet de bar à l'unilatérale, avocat poêlé, jus d'abricot aux herbes de la Provence
Jurançon "Clos Joliette" sec, 1974
Encornets fondants, dés de concombre à la verveine citronnée, purée courgette-basilic
Château Laville Haut-Brion, 1980
Homard à la plancha, coulis de poivron jaune, sauce corail
Durell Vineyard Chardonnay Sonoma Coast - Domaine Kistler, 2008
Quasi de veau "basse température", endive confite aux pétales de rose, sauce genièvre-rose
Pommard 1er Cru "Les Epenots" - Domaine Parent, 1969
Filet de bœuf aux épices douces "tepanyaki", courgettes au Raz el Hanout
Chambertin "Clos de Bèze" - Domaine A. Rousseau, 2002
Tarte aux mirabelles
Abricot à la plancha, gingembre-pains d'épices
Château Gilette "Crème de Tête", 1953
Le récit de ce dîner : http://www.academiedesvinsanciens.org/archives/2706-le-di...
11:59 Publié dans Création culinaire et menus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22 juillet 2011
Marc Veyrat : un nouveau restaurant dans les bois...
Marco est en pleine forme, joyeux, enthousiaste, intenable, débordant d'énergie et de soif d'entreprendre. Il vient d'achever un nouveau lieu totalement confidentiel (inauguration lundi 25 juillet au soir), mais surtout il travaille intensément à un projet génial, fou, démesuré, situé au-dessus du col de la Croix Fry, non loin de Manigod, son village d'enfance : en lisière de la forêt, un restaurant, deux étangs, une chapelle, un parcours botanique, un four à pain, un herboretum, des yourtes en guise de chambre, etc...
Pas de date d'ouverture pour l'instant : été 2012 peut-être. Le lieu est magique ; on y accèdera avec un attelage de chevaux, la salle de restaurant sera à l'étage avec une vue panoramique qui va du Mont-Blanc au-delà du col des Aravis jusqu'à la Tournette. L'architecture est traditionnelle et pour ceux qui ont connu la Ferme de mon père à Mégève, ils retrouveront l'imposante poutre centrale supportant deux magnifiques pannes faîtières. Je ne vous en dis pas plus... Il y a de belles surprises dans l'architecture d'intérieur et le mode de fonctionnement qui feront de ce lieu un restaurant unique et hors du commun.
Voici quelques photos du futur restaurant :
C'est un vrai bonheur de voir Marc Veyrat aussi heureux.
18:00 Publié dans Spécial Marc Veyrat | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09 juin 2011
About Geranium
I'm just back from Copenhagen where I had a dinner at Geranium. Maybe my expectations were too high, but I experienced mixed feelings about this kind of food and menu.
Before getting to the point, just a few words about the place: very elegant and modern decoration. The service was a bit formal with no smiles from the girls serving us, reciting the composition of the dishes with no passion neither complementary informations. At the opposite, Michael, the sommelier, was fantastic, friendly and passionate.
About the food now : the Total menu (+ Herb's garden) which is the grand tasting menu looks almost as a vegetarian menu. Very surprising, particularly for a Bocuse d’Or winner. And after a while, enough is enough. Real food you can chew is awaited.
On 18 dishes, we had: small slices of mackerel, one small (compared to the one you get at Noma) langoustine and a chicken wing transformed in a meat ball (what a non-sense !).
All the others are based on vegetables: tomato (quite interesting by the way), onion, asparagus (this one was great), peas, herb’s garden… Moreover, a straight line is frequently missing in the dishes: the main vegetable is drown under other vegetables and herbs, not to mention the numerous foams, all together resulting in an unclear flavor message. At last, the construction of the menu doesn’t appear clearly and the sequence of dishes doesn’t follow a real progression.
I talked with Rasmus Kofoed at the end of the dinner. He’s a friendly guy and the discussion we had was very interesting. He fully assumes this orientation of the menu: he grew up into a vegetarian cooking, he loves vegetables and thinks they are the appropriate products at this season. Fair enough.
But I’m not sure I will go back to Geranium.
12:47 Publié dans Critique gastronomique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



